Publié par : lskndrs | avril 25, 2012

Vico : Du maintien des lois

Nous ne pouvons nous empêcher d’admirer ici la gravité et la sagesse dont les préteurs et les jurisconsultes romains ont donné l’exemple en s’efforçant, à travers tant de vicissitudes et de catastrophes, de ralentir les progrès de l’interprétation qui devait éloigner les esprits de la rigoureuse observance de la loi des XII Tables. Peut-être même faut-il attribuer à cette cause la grandeur et la durée de l’empire romain, car tous les politiques admettent qu’un Etat, fermement attaché à ses principes, est dans les meilleures conditions de grandeur et de durée. La cause qui a fait de la jurisprudence romaine la plus sage jurisprudence du monde, est la même ; et il ne faut pas aller la chercher avec Polybe dans la piété des nobles, ni avec Machiavel dans la magnanimité des plébéiens, ni, avec l’envieux Plutarque enfin, dans la faveur de la Fortune.

Vico, “Du maintien des lois” in La science nouvelle, Livre IV.

Publié par : lskndrs | avril 20, 2012

John Tavener : Funeral Canticle

Quelques mots, quelques notes parfois suffisent pour être touché au fond de son être. Monte alors avec calme, lentement, une espèce de joie, mais pas comme la joie habituelle. Une joie sereine et paisible, forte et réservée, intérieure. Peut-être est-ce toucher, au-delà des mots, au-delà de la pensée et même qui sait, au delà de l’intuition, la paix de l’âme.

J. Tavener composa ce cantique d’inspiration byzantine pour la mémoire de son père.

 

Ci-dessous le début du kliros (partie entendue dans The tree of life), adaptée à ma sauce pour clavier.

 

Funeral Canticle was written in loving memory of my father. Such was his love of life and people that he constantly surprised us by rallying round when he was thought to be at the point of death. So I wrote this work during the last year of my father’s life, in preparation for the interdenominational funeral service wich was his wish.
My father’s funeral was celebrated by Archbishop Gregorios of Thayateira and Great Britain, Archimandrite Father Ephrem and Arch-priest Father Michael Fortunatto, as well as three Pastors from the United Reformed Church, which was the Church of my father’s baptism. It was a moving ceremony, with ikons and candles lighting up the church, and I belive it would have delighted the man who lay in the open coffin. Eternal memory – Kenneth”

Αιωνία αύτόυτ ή μνήμ.

Publié par : lskndrs | mars 11, 2012

Yume no tamago music sheet

Despite a deep search on the net, i didn’t find any music sheet of the beautiful piano version of Yume No Tamago (closing theme of Rah Xephon). So I’ve started one by myself and I’ve uploaded it. There may be some mistakes and missing notes, I’ve not finished the last part yet but I hope I’ll write it when I get some time.

Here’s the download link, don’t hesitate to talk about corrections and so on.

Yume no tamago

Publié par : lskndrs | février 26, 2012

Dégoût

Rien ne vit qui soit digne

De tes élans et la terre ne mérite pas un soupir,

Douleur et ennui, voilà notre être et le monde

est boue – point autre chose

Calme-toi.

Leopardi (Chants) cité par Nietzsche in Deuxième considération intempestive, à propos de “l’homme supra-historique”

Publié par : lskndrs | février 8, 2012

James Pradier : Sapho

 

Recueillie, Sapho médite à l’entrée de la galerie basse du musée d’Orsay (qui fut en fait pour moi la sortie..). Elle songe au suicide, repliée sur elle-même physiquement et dans son esprit, dans son désespoir. Légère tension du corps, son basculement empêché par la chaine de ses bras, une certaine crispation : les jambes croisées, un regard (hallucinant) fixant le vide.

*


Et pourtant, une impression de légèreté… une élégance ineffable transparait de la dixième muse de Platon. La rencontre spirituelle de la Grâce et de la Mort dans un corps de marbre blanc.

Exposée l’année de la mort du sculpteur (1852), elle fut alors recouvert d’un voile noir.

*

Bio de Pradier sur le site du musée.

 

Le tome 1 du Buisson ardent était consacré à ce que Jean Greisch appelle les paradigmes “spéculatif” et “critique” de la philosophie de la religion, relevants pour l’essentiel de l’idéalisme allemand, avec en tête Kant, Hegel, Schelling, et bien sur Schleiermacher en ce qui concerne notre sujet. Si les problématiques et les systèmes philosophiques discutés et imaginés par ces auteurs ne suscitent plus un réel débat contemporain, et relèvent plus d’une histoire de la philosophie de la religion, les idées présentées dans le tome 2 sont pour la plupart portées et débattues sur la scène philosophique de nos jours.

Une nouvelle fois, deux paradigmes sont présentés par Jean Greisch : celui de la phénoménologie et celui de la philosophie analytique.

Le chapitre phénoménologique s’ouvre sur une excellente présentation des éléments clefs de la phénoménologie husserlienne qui permettront aux lecteurs de suivre la majeure partie du propos sur les phénoménologues de la religion, à commencer par les brides de Husserl himself sur la question. Sont présentés ensuite les grands fondateurs : Rudolf Otto et son ouvrage Le sacré où est exploré le sentiment du “numineux”, et Max Scheler, grand rénovateur de la pensée catholique à qui un certain Karol Wojtyla consacra sa thèse.

A la suite de la méthode de Scheler, Jean Greisch aborde les travaux d’anthropologues, notamment Van der Leeuw et (plus connu), Mircea Elliade, et passe ensuite à la phénoménologie française postérieure aux années 1960 : introduction sur Lévinas, Jean-Louis Chrétien (phénoménologie de la prière), Jean-Yves Lacoste (phénoménologie de la liturgie), Michel Henry (phénoménologie de la vie) et Jean-Luc Marion (son approche passionnante de Descartes et sa phénoménologie du don). Le chapitre est conclu sur Dominique Janicaud qui décèle à travers ces différentes philosophies le “tournant théologique de la phénoménologie française”, visible par exemple dans la “hauteur” transcendante de Lévinas.

 

La partie consacrée au paradigme analytique s’ouvre sur une présentation du “premier” Wittgenstein et des traces de sa pensée sur la religion, beaucoup plus riche et subtile que ce que les néopositivistes ont voulu retenir. Jean Greisch évoque ensuite le pragmatisme de William James, antérieur à Wittgenstein et qui l’a sans doutes influencé, puis dans “les défis de l’empirisme logique” il montre les délicates tentatives de discours des penseurs du Cercle de Vienne sur la religion passée par le rasoir d’Ockham et les fourches caudines de Hume, et leur “enlisement” progressif dans le principe de falsification, ou bien leur “désertion” (ainsi que “l’empirisme chrétien” de Ramsey).

Enfin, le chapitre s’achève sur le “second” Wittgenstein des jeux de langages et ses héritiers. Une nouvelle fois Jean Greisch insiste sur la subtilité de la pensée de Wittgenstein, et sur l’impossibilité à enfermer ou arrêter sa pensée à un système, à l’image de Socrate.

 

Si la partie phénoménologique, particulièrement lourde, requiert une certaine maitrise du vocabulaire de la discipline (abordé certes en introduction, mais son assimilation et son application à la religion ne sont pas des plus évidentes), le chapitre analytique est particulièrement accessible malgré la particularité de cette philosophie. Il est celui qui m’a le plus agréablement surpris jusqu’ici : m’attendant à un exposé à la fois complexe et austère, j’ai été enthousiasmé non seulement par Wittgenstein dont je connaissais déjà la place singulière au sein de la philosophie analytique (membre fondateur mais aussi “enfant terrible” du Cercle de Vienne), par la clarté de l’exposition des problématiques de l’empirisme logique, par de régulières notes d’humour tout à fait en phase avec les auteurs, et enfin par le superbe chapitre consacré à James, dont la pensée orientée exclusivement sur l’aspect intérieur et personnel de la religion se penche audacieusement sur le mysticisme.

“C’est un des troublants mystères de la vie que, pour beaucoup d’entre nous, les seuls moments où nous aspirons quelques bouffées d’infini soient les premières phases de l’abrutissement”.

Publié par : lskndrs | janvier 4, 2012

O Epies

Mauvais rêves

Mauvais jeux de veaux

Misérables fumeurs de mots

Filons tant qu’il est encore temps.

*

Dans la Forêt Blanche réside la Mort

Les troncs d’un sombre immonde semblent me fixer

Ces sinistres tiges sont le seul décor

Mornes rayures sur l’immaculé.

*

L’éther empoussiéré de neige frissonne,

Mordillé au dos par la bise lente

Le ciel est muet, la terre est absente

Roi déchu, le Temps se terre à l’automne.

*

Immobile, anonyme suspendu,

J’aperçois devant un loup noir de jais

Reniflant une carcasse de sanglier

*

Il m’arrête d’un œil inattendu

Puis grogne : “Retrouvons l’Espace et le Temps

Ce non-lieu n’existe pas aux vivants”

***

Publié par : lskndrs | décembre 30, 2011

Nicola Sirkis : Kissing my songs

C’est ze bouquin que je n’attendais plus sur Indochine. Sous la forme d’entretiens avec Agnès Michaux, le leader parolier et ultime survivor se livre au décryptage de ses textes, et ce album par album et chanson par chanson, s’il vous plait. Comme je m’y attendais, on découvre derrière des textes aux formules alambiquées et à la signification absurde un univers riche, foisonnant, une vraie “signature de l’esprit” : références littéraires (Marguerite Duras, Salinger bien évidemment), poétiques (Beaudelaire, Eluard), cinématographiques (A l’Est de Java) ; une signature du temps : les années 1980, Mitterrand, l’Amérique de Reagan ; une signature de vie aussi : adolescence, voyages, pertes de proches.

Deux textes m’ont intéressé particulièrement : Les Tzars et Vietnam Glam. Le premier faisant référence à la “trahison opportuniste” du monde de la gauche post-68, et le second à l’exploitation culturelle et commerciale de la guerre du Vietnam par Hollywood (dois-je les citer?). La formule “vingt ans après le sang versé ne vaut plus très cher” devient tout d’un coup beaucoup plus explicite et intéressante.

Ceci-dit, je ne recommande pas le livre à tout le monde. Surtout aux fans, qui connaissent bien les textes, à ceux qui s’intéressent au groupe, au personnage aussi, mais sans plus. Je l’ai juste consulté un bon quart d’heure, ça m’a suffit personnellement.

Publié par : lskndrs | décembre 27, 2011

Les “trésors” Maoris au Quai Branly

Les trésors (qui-ont-une-âme) des Maoris sont au Quai Branly depuis un temps, et jusqu’en mars encore. Certes c’est une période de vacances, mais y croiser tant de monde à une période si tardive de l’exposition est un indice fiable de son succès.

On peut en dire tout un tas de banalités : très bien présentée, objets centenaires ou multi-centenaires magnifiques (le bois sculpté est époustouflant notamment), cheminement intelligent et original, présentation des artistes contemporains, explicitation des concepts culturels etc.

Oui mais voilà, les trésors maoris ont une âme ! Âme qui se porte magnifiquement bien ces temps-ci vu le dynamisme apparent de la culture maorie, savamment suggéré par l’alternance d’objets “anciens” et d’œuvres d’artistes maoris contemporains. C’est ce qui différencie, de manière fondamentale, cette exposition d’autres expositions culturelles classiques. Ce que les concepteurs veulent nous faire comprendre (et cela à tout prix), c’est que la culture maorie est riche, prospère, fière, a été malmenée par le colonialisme, et que les Maoris aspirent à une meilleure reconnaissance.

J’ai dit reconnaissance? Euphémisme ! Car si un thème revient en résonance dans tout le parcourt, c’est bien la politique, avec une revendication exprimée de manière assez ambigüe : ce qui est maori doit être administré par les maoris (aber was kann Maori oder nicht sein?).

Point d’accroche central et liminaire (!): le Traité de Waitangi en 1840 qui place la Nouvelle-Zélande Aotearoa (son nom en Maori) sous la gracieuse protection de Sa Majesté la reine Victoria afin de la défendre face aux velléités coloniales notamment françaises (!!!). Sauf que pour une savante malheureuse erreur de traduction, le traité donnait dans sa version britannique le contrôle administratif du territoire aux Anglais, bim.

L’introduction de l’exposition, qui détaille le contexte du traité ainsi que le concept de Tino rangatiratanga (traduit par auto-détermination, souveraineté ou bien “auto-contrôle de la culture, de l’identité et des ressources maories”) est taguée de nombreuses phrases chocs de personnalités (souvent de grandes figues maories) livrant leur opinion désastreuse sur l’application du traité. Bien en vue, celle d’Elizabeth II qui reconnut dans les années 1990 que le traité avait été mal appliqué.
Premier thème ensuite développé : le Whakapapa, une forme de culte des ancêtres ou plutôt de la généalogie qui dynamise encore plus l’identité maorie présente (interrelation immanente dans le présent et avec le passé). Dans cette partie nous en apprenons plus sur l’importance de la pirogue (waka) et sur les exploits des navigants qui posèrent le pied en Aotearoa (les origines familiales sont liées à un des wakas des premiers arrivants), sur l’art du tatouage (et sa valeur identitaire), et sur la maison communautaire (whare tupuna), manifestation géographique du whakapapa (une reconstitution impressionnante est visible dans l’exposition). Au sein du thème sur la maison est inséré un espace consacré à des témoignages de l’épisode de Bastion Point, lieu de sit in maori protestant contre la spoliation de leurs terres (présentation parfaite : t-shirts, drapeaux (couleurs rouge/noir/blanc, impression très violente pour ma part), témoignages saisissants (notamment un policier désemparé face à l’inhumanité de leur opération “quasi-militaire“).

Deuxième thème, particulièrement intéressant : le mana. Le mana peut se résumer à une puissance, une force sacrée. Il est présent en chaque être et en chaque chose, il peut se transmettre, se stocker aussi. Sont exposés les “trésors” (traduction littérale relativement inappropriée, la valeur étant ici surtout sacrée), notamment objets en jade, en os sculptés, dont le mana est particulièrement important (certains sont aussi portés et exhibés comme attributs de mana personnel). On passe ensuite à la musique (et aux instruments), ainsi qu’à la langue qui ont leur propre mana (notons que les Maoris ont un mythe musical de la création du monde , et que le concept de la langue porteuse de mana est décisivement présenté comme un enjeu culturel contemporain fondamental).

Troisième partie, le Kaitiakitanga, ou développement durable. Dans la culture maorie la préservation de l’environnement et de ses ressources est essentielle. Ici encore le politique refait surface : comment préserver les ressources lorsqu’elles sont gérées par des non-maoris (drame des stocks de poissons en mer).

Cette exposition est une revendication de puissance culturelle (et sous-entendue politique) conséquente. Tout, absolument tout est disposé à suggérer la vitalité, la richesse, la dignité, la légitimité aussi des Maoris, de leur culture et de leur identité. L’insistance est telle que la vue d’ensemble en est lassée par la nécessité de recul critique permanent, seule la beauté réelle des œuvres est appréciée à sa juste valeur. Par ailleurs la spiritualité maorie très présente dans le parcourt est insuffisamment développée de façon claire et holistique : animisme panthéiste? polythéisme? (il semble exister des dieux, mais quelle est leur importance par rapport aux ancêtres?).

L’exposition “surfe” à fond sur le postcolonialisme et l’écologie ; comble de l’exagération : la société néozélandaise n’est pas multiculturelle mais biculturelle, à savoir les Maoris et les “Gens du traité” (arrivés à partir de 1840).

Mon scepticisme ne vise pas à contester les revendications d’un peuple illégitimement opprimé, mais à nous interroger sur la pertinence d’une vision colonialiste inversée, tout aussi faible que sa prédécesseure. “Us and Them” n’est probablement pas un projet de société bien serein.

Publié par : lskndrs | décembre 21, 2011

Risky Buisness : Love on a real train (remix)

Riksy Buisness (1983) est un des premiers films qui révélèrent Tom Cruise et sa capacité remarquable à faire des têtes de traumatisé. Au sein de la prestigieuse OST (In the air tonight de P. Collins), Love On a Real Train de Tangerine Dream, ou la sublimation de la musique séquentielle : sur un fond aérien, un mouvement minimaliste s’étend indéfiniment, autour duquel s’écrasent deux trois accords.

*

*

Un classique du chill out, maintes fois remixé (à commencer par E. Froese himself). Ici, le rythme est ralenti, alourdi par des percus renforcées, avec en prime une transposition d’un ton et demi. Un trip psyché et sensuel où s’invitent Ken Kesey (“I believe that with the advent of acid, we discovered a new way to think, and it has to do with piecing together new thoughts in your mind. Why is it that people think it’s so evil? What is it about it that scares people so deeply, even the guy that invented it, what is it? Because they’re afraid that there’s more to reality than they have ever confronted. That there are doors that they’re afraid to go in, and they don’t want us to go in there either, because if we go in we might learn something that they don’t know. And that makes us a little out of their control“) et Irulan (Dune, la voix est issue de la série des années 2000 si je ne m’abuse : “The spice expands consciousness. The spice expands life. The spice is vital to space travel”, la fameuse épice prenant ici un sens très.. particulier).

***

Publié par : lskndrs | décembre 17, 2011

Rosenzweig : L’Etoile de la Rédemption

Disciple du néokantien H. Cohen, Rosenzweig est un des auteurs majeurs du judaïsme de l’entre-deux-guerres. Après avoir hésité à se convertir au christianisme, il reste et s’affirme finalement juif, et s’attache à développer une philosophie religieuse qui articule de manière positive les deux religions. Son intuition première autour de laquelle il va construire son système philosophique repose sur le concept de Révélation ; il écrit dans cette optique L’Etoile de la Rédemption dans les tranchées de 14-18. Relativement méconnue en France, cet ouvrage est non seulement un produit majeur de l’histoire du judaïsme au XXe siècle et une conciliation remarquable entre christianisme et judaïsme, mais aussi un chef-d’œuvre en soi.

*

 

De la mort

La mort, la crainte de la mort, amorce toute connaissance du Tout. Rejeter la peur du terrestre, enlever à la mort son dard venimeux, son souffle pestilentiel à Hadès, voilà ce qu’ose faire la philosophie. Tout ce qui est mortel vit dans cette angoisse de la mort, chaque naissance nouvelle multiplie l’angoisse d’un nouveau fondement, car elle multiplie ce qui est mortel. Sans fin le sein de la terre inépuisable accouche du neuf, et toute cette nouveauté est soumise à la mort, chacune attend avec crainte et tremblement le jour de son passage à l’obscurité. Mais la philosophie conteste ces angoisses de la terre. Elle s’échappe par-dessus la tombe qui s’ouvre sous les pieds à chaque pas. Elle abandonne le corps à la merci de l’abîme mais l’âme libre prend son envol pour s’enfuir au loin. Que l’angoisse de la mort ignore tout d’une telle séparation en âme en en corps, qu’elle hurle Je, Je, Je, et ne veuille rien entendre d’une dérivation de l’angoisse sur un pur “corps” – peu en chaut à la philosophie. Que l’homme se terre comme un ver dans les plis de la terre nue devant les tentacules sifflants de la mort aveugle et impitoyable, qu’il puisse ressentir là dans sa violence inexorable ce que d’habitude il ne ressent jamais : que son Je ne serait qu’un ça s’il venait à mourir, et que chacun des cris encore contenus dans sa gorge puisse clamer son Je contre l’Impitoyable qui le menace de cet anéantissement inimaginable -, face à toute cette misère, la philosophie sourit de son sourire vide et, de son index tendu, elle renvoie la créature, dont les membres sont chancelants d’angoisse pour son ici-bas, vers un au-delà dont elle ne veut absolument rien savoir. En effet, l’homme n’a aucune envie de s’évader de quelque lien que ce soit : il veut subsister, il veut… vivre.

L’ouvrage offre la somme des cours donnés par Jean Greisch sur la philosophie de la religion et son histoire. Après une introduction définissant son objet, ce premier tome aborde les deux premiers courants de la discipline : les paradigmes dits spéculatif et critique.

La philosophie de la religion est une matière d’équilibriste, tiraillée du côté de la foi par la théologie et du côté de la science par les sciences religieuses (catégorie des sciences sociales).

Jean Greisch prend également le soin de distinguer la philosophie de la religion de la théologie philosophique (le théologien sur le terrain de la philosophie) et de la philosophie religieuse (philosophie du croyant).

La découverte du paradigme spéculatif s’ouvre inévitablement sur les antagonistes Schleiermacher (sentiment) et Hegel (représentation). Une réflexion de Hegel sur la méthode empirique qui m’a marquée : celle-ci conduit inévitablement à un agnosticisme embourbé dans une subjectivité insurmontable, relayant dieu dans un infini nostalgique inconnaissable. Pour Hegel, l’approche spéculative vise à dépasser cette juxtaposition embarrassante du Diesseits (“de ce côté”) et du Jenseits (“Au delà”).

Jean Greisch aborde ensuite la philosophie de Schelling, qui tente de sauver la spéculation face à l’empirisme en redéfinissant une raison consciente de ses limites (concept d’ “imprépensable”). Face à l’hérésie panthéiste d’où Hegel a du mal à se dépêtrer, Schelling affirme “Tout n’est pas Dieu mais Dieu est tout“.

Dans la partie spéculative est également abordé Karl Rahner dans le contexte de la crise moderniste, ainsi que le grand livre de Franz Rosenzweig  : L’étoile de la rédemption.

Le parcourt du paradigme critique s’ouvre avec la tentative de Kant de décrire la religion “dans les limites de la simple raison”, puis les néo-kantiens tels H. Cohen, Troeltsch et Tillich qui tentent de faire vivre le “bucher kantien” au sein de la philosophie de la religion en insistant sur l’histoire, la psychologie, ou le rapprochement avec la phénoménologie.

Ce premier tome s’achève sur la critique dite anthropologique menée par la pointe du “triangle de fer de l’athéisme” : Feuerbach, l’épée de Damoclès de la religion et de l’herméneutique : Nietzsche et enfin pour le XXe siècle Ernst Bloch.

600 pages bien denses auxquelles vont se succéder les paradigmes analytique, phénoménologique et enfin herméneutique…

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