Publié par : lskndrs | octobre 8, 2011

A propos des racines grecques de l’Europe

Le conflit sur les racines culturelles de l’Europe et le rôle de l’Islam notamment au Moyen-âge est sans doute significatif de notre temps. Sur fond idéologique de questionnement de la sainte laïcité, les enjeux sont multiples : question sociale (immigration, intégration, identité [meurtrières]) mais aussi question politique (place, rôle et rang de l’Europe dans le monde du XXIe siècle). Une de ses plus célèbres batailles fut sans doute l’affaire Gouguenheim qui en 2007 fit sortir du bosquet un étonnant paquet de personnalités (1).

A ma droite les partisans d’une filiation directe, originale et unique depuis la période grecque classique, rejetant l’apport sinon la médiation des acteurs musulmans, traités par leurs adversaires d’islamophobes, d’extrémistes tendance fascisante, et autres noms d’oiseaux. A ma gauche ceux qui martèlent que l’Europe plongée dans le Dark Age a une dette culturelle conséquente envers le monde musulman qui a conservé, traduit et réfléchit sur les textes classiques. Les premiers nommés les dénoncent gauchistes islamophiles, adeptes du politiquement correct…

Heureusement (!), tout n’est pas si clair, et nous trouvons sans doute beaucoup de monde au milieu, à commencer par des producteurs de matière sur le sujet, qui s’y connaissent et pas qu’un peu. Les historiens sont souvent tirés malgré eux d’un côté ou de l’autre (ou les deux), et de fait lorsqu’ils sont cités disent ce que l’on veut leur faire dire. Amusant à ce propos de voir un farouche partisan (peu importe son camp) commenter timidement sur Amazon le livre de S. Mimouni sur les Chrétiens Juifs dans l’Antiquité : « on aimerait un peu plus d’interprétation des faits, ça n’est pas nécessairement déformer la réalité à mon sens ». La neutralité (non l’objectivité), le refus du jugement de valeur peuvent encore résister dans l’espace public.

Face à l’exhaustivité des sources, de leur traitements et des idéologies, difficile de se faire un avis sur la question. La réponse est sans doute dans cette difficulté : une juste mesure aristotélicienne n’oubliant pas la richesse culturelle de l’islam, ni celle de l’Europe médiévale, n’ignorant ni les conflits ni, comme le dit Ortega y Gasset, les intenses échanges interculturels qui se tissent autour de la guerre. Tout n’est pas noir ou blanc, lieu commun? il est parfois bon de le rappeler aux esprits un peu trop essentialistes, tous ceux qui planchent avec patience et réflexion sur les faits, les textes, les sources n’arrêtent pas facilement une position ou même une tendance.

(1) : le détail fut suivi en direct sur le forum passion histoire

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