Publié par : lskndrs | octobre 18, 2011

La nature de l’histoire comme entreprise littéraire

Au niveau pratique le discours de l’histoire avance à pas progressifs. Il ne fait pas de sauts, il évolue sans révolution. On a soutenu que l’histoire n’était que fiction, une variante de la littérature d’imagination. D’autres on contredit cette thèse en insistant sur le fait que l’historien ne fait pas qu’écrire l’histoire élégante mais poursuit des recherches érudites.

Mais au final, aucun des deux camps ne répond à la question essentielle : quel rôle la recherche joue-t-elle dans l’écriture des récits de l’histoire ?

Léon Goldstein dans Historical Knowing a proposé de diviser l’histoire entre une super structure (le texte) et une infrastructure (les footnotes). La superstructure est alors le contenu visible par les non historiens, l’infra une série d’activités intellectuelles par lesquelles le passé historique est constitué en recherche historique. Pour Goldstein, trop de travaux sont concentrés sur la superstructure. L’histoire est avant tout une discipline d’investigation et pas seulement une manière de raconter.

D’après Anthony Grafton, Goldstein contourne un point crucial : l’histoire moderne est moderne pour la raison précise qu’elle donne une forme littéraire cohérente aux deux dimensions (infra et supra) de l’entreprise historique. Goldstein soutient que la superstructure de l’histoire, sa forme narrative, n’a pas connu de développement fondamental au cours des siècles. Seule son infrastructure, avec ses nouvelles méthodes, sources, questions etc. aurait radicalement changé avec le temps. Pour Grafton, dans les faits, l’histoire de la note en bas de page montre que l’histoire narrative a bougé durant le dernier siècle : l’historien n’a cessé de chercher de nouvelles manières de donner à la fois les résultats de ses recherches et de ses objets.

L’histoire des objets, c’est la superstructure, l’histoire de la recherche est confinée généralement à l’infra. L’histoire de la recherche historique et l’histoire de la rhétorique historique ne doivent néanmoins pas être disjoins. Le texte historique se différencie du récit normal dans la mesure où il est fruit d’une investigation et d’une argumentation critique (présents via les footnotes). Seul le travail littéraire de composition de ces notes permet de présenter en toute imperfection les résultats de la recherche. In fine, la différence entre histoire-science et histoire-art n’apporte que peu de lumière sur les développements de l’historiographie moderne. Une analyse rhétorique complète se doit de faire la présentation de l’histoire des annotations et de la narration, le discours historique est constitué de manière tout aussi indistincte et dialectique, il y a une rhétorique de l’annotation et de la narration, et la rhétorique de l’annotation se devrait être objective, ou au moins neutre.

Pour Anthony Grafton, seul l’usage des notes et des recherches historiques liées permet de résister aux tentatives des gouvernements pour masquer les compromis qu’ils ont passés. L’histoire devient art du tissage de Pénélope, les notes de bas de page et texte ne cessent de se mêler. Grafton estime que la note en bas de page, culturellement contingente et faillible est seule garantie de justification. Les notes de bas de page ne garantissent rien par elles-mêmes : elles peuvent inversement être utilisées pour dénier les faits, être une arme pour décourager l’adversaire (m’voyez comment je suis sérieux avec toutes mes notes ? la preuve que j’ai raison).

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