Publié par : lskndrs | octobre 21, 2011

L’amiral Yi (2. analyse de la victoire militaire)

Avant la guerre, et tout au long de celle-ci, et même pendant les trêves, l’amiral Yi  soumettait toujours ses troupes à un entraînement intensif : tir à l’arc, tir d’artillerie,  manœuvres navales ordinaires et formations de combat. Il s’attacha aussi sans relâche à la fabrication de nouvelles armes et à la construction de navires. Une année à peine après la bataille de Myongnyang qu’il engagea avec 13 navires seulement, il avait réussi à en construire 70 de plus : un rythme étonnant d’un nouveau  bateau tous les cinq jours.

La côte sud de la Corée, théâtre  de tant de féroces combats navals entre Coréens et Japonais, au cours de la Guerre de sept ans, est un véritable labyrinthe maritime, composé d’innombrables îles et îlots. D’autre part, les courants sont rapides et les plages  qui s’avancent loin dans la mer, offrent à chaque marée descendante et montante une apparence totalement différente. Yi étudia avec beaucoup de minutie, ces changements de courants, heure après heure, les vents et également la configuration de chaque champ potentiel de bataille. Grâce à ses recherches, il pouvait ainsi se fier à des routes sûres, chaque fois qu’il devait déplacer sa flotte de nuit  pour échapper à la vigilance de ses ennemis. Comme le montrent à l’évidence les batailles engagées à Hansan et à Myongnyang, sa connaissance préalable du terrain lui permit de retourner à son avantage  la configuration complexe de la côte, lorsqu’il poursuivait l’ennemi ou qu’il était  lui-même pris en chasse.

L’amiral Yi a eu recours à une large variété de tactiques navales, au cours de ses combats sur mer, mis à part la fameuse formation en aile de grue. Dans sa première bataille, à Okpo, il disposa sa flotte de front, en ligne horizontale, et s’avança droit sur l’ennemi, à pleine vitesse, ne lui laissant aucun espace pour manœuvrer  ou s’échapper et le pressant sous le feu des canons.

Dans la bataille sur mer, près de Pusan, c’est la formation en long serpent (Chang-Sa-jin, en coréen) qui fut choisie, de façon à remédier à l’énorme infériorité de la flotte coréenne : 83 navires coréens face à 480 navires japonais.  Yi adopta cette formation longue et étroite de façon à exposer le moins possible ses navires au feu de l’ennemi. La flotte coréenne sortit victorieuse de cette bataille, coulant 125 navires ennemis sans en perdre un seul.  A la bataille de Happo, la flotte de l’amiral Yi accula la flotte japonaise près d’un port encaissé, et put ainsi détruire la totalité des navires ennemis. Dans cet engagement, Yi n’eut pas besoin d’utiliser une formation spéciale, mais donna l’ordre à ses navires de fondre individuellement sur chaque navire ennemi, comme ils l’entendaient

Lors des combats sur mer, les coréens soumettaient l’ennemi à un  bombardement de flèches et de boulets de canons, tout en se tenant eux-mêmes hors d’atteinte. Cette tactique se montra particulièrement efficace  en enlevant à l’ennemi son esprit combatif et en permettant de prendre ainsi avantage sur lui. En contraste, les marins coréens se montraient d’une confiance absolue envers leur amiral, et leur moral s’affermissait d’autant qu’il les conduisait de victoire en victoire (ce qui n’est pas sans rappeler la Navy de Nelson).

Les officiers négligents étaient punis à coups de gourdins, sans distinction de grade. Les soldats déserteurs étaient condamnés à mort, comme l’étaient aussi les officiers qui se laissaient corrompre et fermaient les yeux sur les désertions ainsi que les hommes coupables d’une faute et qui récidivaient. Lors de la bataille de Myongnyang, Yi réprouva avec colère le capitaine An Wi, qui se tenait en retrait sous l’effet de la peur. L’amiral Yi menaça de le faire condamner à mort par la loi martiale s’il n’obéissait pas à ses ordres d’aller de l’avant.

L’insistance de l’amiral Yi sur la stricte obéissance à la loi martiale, ainsi que sur le maintient d’une discipline sans faille eut pour effet que toute la marine coréenne, depuis le commandant en chef jusqu’au simple soldat, restait unie  et pouvait dès lors mener à bien  les formations de combat et les tactiques qui réclamaient, pour réussir, une grande  cohésion de la part de tous les membres des équipages.

L’amiral de la flotte chinoise, Chen Lien, avait essayé de s’opposer au plan de Yi de détruire la flotte japonaise qui faisait retraite. Malgré cela, l’amiral Yi se porta à son secours, lorsque Chen  fut encerclé et qu’il se trouvait en danger d’être capturé par les navires ennemis à Noryang . De même, An Wi faillit à son devoir de loyauté envers son commandant en chef, lorsqu’il reculait à la vue des innombrables bateaux ennemis. Plus tard, cependant, il fut sauvé par l’amiral alors qu’il se trouvait en difficulté.

Yi resta toujours fidèle à ses principes et n’aurait jamais toléré aucune injustice  ni action irresponsable envers ses hommes.  Mais en même temps, il faisait montre d’un profond sentiment de camaraderie et d’obligation à leur égard. C’est ainsi qu’il gagna leur confiance, leur respect et leur parfait dévouement à son service.

Pendant la guerre de Imjin, l’amiral Yi  s’occupa seul de la logistique sous ses multiples aspects, depuis le ravitaillement, l’intendance, jusqu’au recrutement ou la construction de navires. Et cela sans recevoir aucune aide du gouvernement.  Au  cours des combats, alors qu’il se trouvait dans des situations critiques, il se tenait aux avant-postes de la flotte, afin d’insuffler à ses hommes sa vaillance et son ardeur.  Dans la situation désespérée qui précéda  la bataille de Myongnyang, alors que la flotte coréenne n’était composée que de treize bateaux pour engager le combat, Yi réussit  à galvaniser le courage de ses troupes par cette intrépide maxime : «  Celui qui s’exposera à la mort, vivra, mais celui qui cherchera à sauver sa vie, la perdra ».

Face aux japonais, la marine coréenne utilisa simultanément, comme navire de guerre, le panokson et le kobukson.  La marine coréenne, pour l’essentiel, était composée de panoksons, tandis quelques kobukson servaient de bateau d’assaut.  La flotte japonaise, elle,  utilisait surtout l’ atake, bateau de grande taille, le sekibune, de taille moyenne, et le  kabaya de plus petite taille. L’atake servait de vaisseau amiral, transportant à son bord les amiraux, tandis que le sekibune, de taille moyenne, formait l’essentiel du reste de la flotte.

Les coques des navires japonais avaient la forme d’un V. Une telle coque, à base étroite, favorise la rapidité sur de longs parcours, car elle offre une moindre résistance à l’eau. Mais elle a aussi un grand inconvénient : la distance à parcourir pour virer de bord  est beaucoup plus grande : changer de direction prenait donc beaucoup de temps.

Les bateaux coréens comme les bateaux japonais utilisaient des voiles et des rames.  Parmi les deux types de voiles utilisées, la voile carrée et la voile latine, la voile carrée offre de bonnes performances en vent arrière, mais elle est médiocre contre le vent. La voile latine et aurique, au contraire, est excellente même contre le vent, bien qu’elle réclame davantage d’hommes à la manœuvre. Les  bateaux de type panokson  et kobukson avaient deux mâts, par défaut, et leur emplacement ainsi que leur angle pouvaient facilement être modifiés de façon à ce que les voiles puissent être utilisées par n’importe quel vent, favorable ou contraire.

Il est également intéressant de comparer les coques respectives des bateaux des deux pays et leur relative solidité. Le panokson avait une coque épaisse, faite d’un bois de forte densité qui donnait à la structure du navire une grande solidité. Les navires japonais étaient plus fragiles, du fait d’une densité plus faible du type de bois utilisé pour leur construction. Le sekibune, en particulier, qui était le bateau le plus commun de la flotte japonaise, était construit pour être le plus léger possible, misant sur une vitesse plus grande plutôt que sur la solidité de la structure.

Le panokson était construit en poutres et en planches plus épaisses et l’ensemble de la structure était assemblé à l’aide de chevilles de bois, d’encoches qui s’emboîtaient. Cela avait pour effet d’accroître la solidité de l’ensemble, car les chevilles de bois gonflent en absorbant l’eau. Les bateaux japonais, eux, utilisaient des clous métalliques qui rouillent au contact de l’eau et compromettent, avec le temps, la cohésion de l’ensemble.

De la solidité de la structure dépendait le nombre de canons qui pouvaient être  installés à bord. En conséquence, chaque type de navire était adapté à différents genres de combat. Les navires japonais, de structure plus faible, ne pouvaient pas embarquer de canons à fort recul. Même le plus grand d’entre eux, l’atake, pouvait tout au plus embarquer trois canons. Les bateaux coréens, au contraire, à la coque solidement charpentée, pouvaient transporter un grand nombre de canons à longue portée. On pouvait les installer facilement sur le large pont supérieur des bateaux de type panokson, et leur angle de tir, modifiable à volonté, augmentait encore leur efficacité.

La tactique navale utilisée surtout par les Japonais consistait à lancer des grappins et à  monter à l’abordage.  Pour mettre en œuvre  une telle tactique, ils devaient s’approcher au maximum des navires ennemis pour pouvoir monter à l’abordage et engager le combat au corps à corps sur les ponts des navires. Le concept japonais d’une bataille navale était  par conséquent celui d’un combat entre équipages plutôt qu’entre les bateaux eux-mêmes. C’était d’ailleurs la tactique la plus communément utilisée, à cette époque, dans les combats navals, de par le monde et en Europe également. La marine coréenne cependant, grâce à de meilleurs bateaux et à un armement supérieur, pouvait incendier et couler les bateaux ennemis à distance, et engageait ainsi des combats navals  d’un type plus moderne.

Publicités

Commentaires

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :