Publié par : lskndrs | décembre 17, 2011

Rosenzweig : L’Etoile de la Rédemption

Disciple du néokantien H. Cohen, Rosenzweig est un des auteurs majeurs du judaïsme de l’entre-deux-guerres. Après avoir hésité à se convertir au christianisme, il reste et s’affirme finalement juif, et s’attache à développer une philosophie religieuse qui articule de manière positive les deux religions. Son intuition première autour de laquelle il va construire son système philosophique repose sur le concept de Révélation ; il écrit dans cette optique L’Etoile de la Rédemption dans les tranchées de 14-18. Relativement méconnue en France, cet ouvrage est non seulement un produit majeur de l’histoire du judaïsme au XXe siècle et une conciliation remarquable entre christianisme et judaïsme, mais aussi un chef-d’œuvre en soi.

*

 

De la mort

La mort, la crainte de la mort, amorce toute connaissance du Tout. Rejeter la peur du terrestre, enlever à la mort son dard venimeux, son souffle pestilentiel à Hadès, voilà ce qu’ose faire la philosophie. Tout ce qui est mortel vit dans cette angoisse de la mort, chaque naissance nouvelle multiplie l’angoisse d’un nouveau fondement, car elle multiplie ce qui est mortel. Sans fin le sein de la terre inépuisable accouche du neuf, et toute cette nouveauté est soumise à la mort, chacune attend avec crainte et tremblement le jour de son passage à l’obscurité. Mais la philosophie conteste ces angoisses de la terre. Elle s’échappe par-dessus la tombe qui s’ouvre sous les pieds à chaque pas. Elle abandonne le corps à la merci de l’abîme mais l’âme libre prend son envol pour s’enfuir au loin. Que l’angoisse de la mort ignore tout d’une telle séparation en âme en en corps, qu’elle hurle Je, Je, Je, et ne veuille rien entendre d’une dérivation de l’angoisse sur un pur “corps” – peu en chaut à la philosophie. Que l’homme se terre comme un ver dans les plis de la terre nue devant les tentacules sifflants de la mort aveugle et impitoyable, qu’il puisse ressentir là dans sa violence inexorable ce que d’habitude il ne ressent jamais : que son Je ne serait qu’un ça s’il venait à mourir, et que chacun des cris encore contenus dans sa gorge puisse clamer son Je contre l’Impitoyable qui le menace de cet anéantissement inimaginable -, face à toute cette misère, la philosophie sourit de son sourire vide et, de son index tendu, elle renvoie la créature, dont les membres sont chancelants d’angoisse pour son ici-bas, vers un au-delà dont elle ne veut absolument rien savoir. En effet, l’homme n’a aucune envie de s’évader de quelque lien que ce soit : il veut subsister, il veut… vivre.

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