Publié par : lskndrs | décembre 27, 2011

Les « trésors » Maoris au Quai Branly

Les trésors (qui-ont-une-âme) des Maoris sont au Quai Branly depuis un temps, et jusqu’en mars encore. Certes c’est une période de vacances, mais y croiser tant de monde à une période si tardive de l’exposition est un indice fiable de son succès.

On peut en dire tout un tas de banalités : très bien présentée, objets centenaires ou multi-centenaires magnifiques (le bois sculpté est époustouflant notamment), cheminement intelligent et original, présentation des artistes contemporains, explicitation des concepts culturels etc.

Oui mais voilà, les trésors maoris ont une âme ! Âme qui se porte magnifiquement bien ces temps-ci vu le dynamisme apparent de la culture maorie, savamment suggéré par l’alternance d’objets « anciens » et d’œuvres d’artistes maoris contemporains. C’est ce qui différencie, de manière fondamentale, cette exposition d’autres expositions culturelles classiques. Ce que les concepteurs veulent nous faire comprendre (et cela à tout prix), c’est que la culture maorie est riche, prospère, fière, a été malmenée par le colonialisme, et que les Maoris aspirent à une meilleure reconnaissance.

J’ai dit reconnaissance? Euphémisme ! Car si un thème revient en résonance dans tout le parcourt, c’est bien la politique, avec une revendication exprimée de manière assez ambigüe : ce qui est maori doit être administré par les maoris (aber was kann Maori oder nicht sein?).

Point d’accroche central et liminaire (!): le Traité de Waitangi en 1840 qui place la Nouvelle-Zélande Aotearoa (son nom en Maori) sous la gracieuse protection de Sa Majesté la reine Victoria afin de la défendre face aux velléités coloniales notamment françaises (!!!). Sauf que pour une savante malheureuse erreur de traduction, le traité donnait dans sa version britannique le contrôle administratif du territoire aux Anglais, bim.

L’introduction de l’exposition, qui détaille le contexte du traité ainsi que le concept de Tino rangatiratanga (traduit par auto-détermination, souveraineté ou bien « auto-contrôle de la culture, de l’identité et des ressources maories ») est taguée de nombreuses phrases chocs de personnalités (souvent de grandes figues maories) livrant leur opinion désastreuse sur l’application du traité. Bien en vue, celle d’Elizabeth II qui reconnut dans les années 1990 que le traité avait été mal appliqué.
Premier thème ensuite développé : le Whakapapa, une forme de culte des ancêtres ou plutôt de la généalogie qui dynamise encore plus l’identité maorie présente (interrelation immanente dans le présent et avec le passé). Dans cette partie nous en apprenons plus sur l’importance de la pirogue (waka) et sur les exploits des navigants qui posèrent le pied en Aotearoa (les origines familiales sont liées à un des wakas des premiers arrivants), sur l’art du tatouage (et sa valeur identitaire), et sur la maison communautaire (whare tupuna), manifestation géographique du whakapapa (une reconstitution impressionnante est visible dans l’exposition). Au sein du thème sur la maison est inséré un espace consacré à des témoignages de l’épisode de Bastion Point, lieu de sit in maori protestant contre la spoliation de leurs terres (présentation parfaite : t-shirts, drapeaux (couleurs rouge/noir/blanc, impression très violente pour ma part), témoignages saisissants (notamment un policier désemparé face à l’inhumanité de leur opération « quasi-militaire« ).

Deuxième thème, particulièrement intéressant : le mana. Le mana peut se résumer à une puissance, une force sacrée. Il est présent en chaque être et en chaque chose, il peut se transmettre, se stocker aussi. Sont exposés les « trésors » (traduction littérale relativement inappropriée, la valeur étant ici surtout sacrée), notamment objets en jade, en os sculptés, dont le mana est particulièrement important (certains sont aussi portés et exhibés comme attributs de mana personnel). On passe ensuite à la musique (et aux instruments), ainsi qu’à la langue qui ont leur propre mana (notons que les Maoris ont un mythe musical de la création du monde , et que le concept de la langue porteuse de mana est décisivement présenté comme un enjeu culturel contemporain fondamental).

Troisième partie, le Kaitiakitanga, ou développement durable. Dans la culture maorie la préservation de l’environnement et de ses ressources est essentielle. Ici encore le politique refait surface : comment préserver les ressources lorsqu’elles sont gérées par des non-maoris (drame des stocks de poissons en mer).

Cette exposition est une revendication de puissance culturelle (et sous-entendue politique) conséquente. Tout, absolument tout est disposé à suggérer la vitalité, la richesse, la dignité, la légitimité aussi des Maoris, de leur culture et de leur identité. L’insistance est telle que la vue d’ensemble en est lassée par la nécessité de recul critique permanent, seule la beauté réelle des œuvres est appréciée à sa juste valeur. Par ailleurs la spiritualité maorie très présente dans le parcourt est insuffisamment développée de façon claire et holistique : animisme panthéiste? polythéisme? (il semble exister des dieux, mais quelle est leur importance par rapport aux ancêtres?).

L’exposition « surfe » à fond sur le postcolonialisme et l’écologie ; comble de l’exagération : la société néozélandaise n’est pas multiculturelle mais biculturelle, à savoir les Maoris et les « Gens du traité » (arrivés à partir de 1840).

Mon scepticisme ne vise pas à contester les revendications d’un peuple illégitimement opprimé, mais à nous interroger sur la pertinence d’une vision colonialiste inversée, tout aussi faible que sa prédécesseure. « Us and Them » n’est probablement pas un projet de société bien serein.

Publicités

Responses

  1. En attendant qu une nouvelle g n ration de diplomates apprivoise les m urs et les coutumes de l environnement europ en.


Commentaires

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :