Publié par : lskndrs | octobre 6, 2013

Le signe du vide

Ce que j’ai lu de Roland Barthes m’a souvent laissé songeur. Je trouve difficile d’établir une critique objective de cet auteur connu, reconnu et contesté jusqu’à la nausée, qui a écrit sur à peu prêt tout et n’importe quoi (le n’importe quoi des Mythologies étantà mon goût très savoureux).

Dans le monde universitaire (et autour), Roland Barthes est partout. Après un heureux et bouleversant détour par Tokyo il y a un mois, j’ai souhaité lire quelques textes sur le Japon. En farfouillant sur Amazon, je suis rapidement tombé sur Lempire des signes  dont les critiques des clients du site étaient (une fois de plus pour l’ami Roland) très partagées.

Après avoir dévoré la chronique de Nicolas Bouvier, je me suis donc plongé à nouveau dans la prose du grand sémiologue. J’y ai rapidement trouvé de quoi donner raison tant aux hagiographes qu’aux sceptiques, tant ce petit bouquin (150 p. en poche) est inégal.

Roland Barthes nous présente sa vision (fantasmée) de la culture japonaise et, quel que soit le degré de fantasme (parfois partagé par le lecteur), on se plonge réellement dans un monde fascinant et lointain.

Des passages passionnants sur la langue japonaise, sur le Haïku, d’autres plus étranges sur la morphologie des Japonnais, et l’obsession de Barthes pour l’écriture qu’il voit partout, d’autres encore loufoques sur le théâtre (Bunkaru) ou le repas.

Morceaux choisis :

Comment pouvons-nous imaginer un verbe qui soit à la fois sans sujet, sans attribut et cependant transitif, comme par exemple un acte de connaissance sans sujet connaissant et sans objet connu ? C’est pourtant cette imagination qui nous est demandée devant de dhyana indou, origine du ch’an chinois et du zen japonais, que l’on ne saurait évidemment traduire par méditation sans y ramener le sujet et le dieu : chassez-les, ils reviennent, et c’est notre langue qu’ils chevauchent. [p. 17]

[…] cette individualité ne peut être comprise au sens occidental : elle est pure de toute hystérie, ne vise pas à faire de individu un corps original, distingué des autres corps, gagné par cette fièvre promotionnelle qui touche tout l’Occident. L’individualité n’est pas ici clôture, théâtre, surpassement victoire ; elle est simplement différence, réfractée, sans privilège, de corps en corps. C’est pourquoi la beauté ne s’y définit pas, à l’occidentale, par une singularité inaccessible : elle est reprise ici et là, elle court de différence en différence, disposée dans le grand syntagme des corps. [pp. 137-138]

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